Ha Za Vu Zu, dont l’absence volontaire d’organisation hiérarchique permet l’organisation d’univers sonores et visuels inattendus, se perçoit comme un univers foisonnant de collaborations et d’échanges d’idées. Les oeuvres du collectif se situent ainsi entre la performance et l’agit-prop, l’humour et l’organisation de soirées déjantées. Pour l’ouverture de la Biennale, Ha Za Vu Zu réalise une performance consistant, avec l’aide d’une cinquantaine de volontaires, à bloquer totalement la circulation de la rue de la République à Lyon. Le collectif présente en outre à la Sucrière la vidéo et les reliquats d’une performance intitulée " What a Loop ", reconstitution d’une pièce de théâtre consacrée au cinéma que le collectif a jouée plusieurs fois (y compris lors de l’ouverture de la Biennale) dans des lieux différents avec des résultats qui l’étaient tout autant. Cette pièce est composée de différentes références aux clichés des scènes de cinéma classique : attaques de vampires, baisers ou plans typiquement " hitchcockiens ", avec des personnages se jetant à terre de terreur lorsqu’ils entendent un avion approcher… Des clichés simplifiés jusqu’à l’absurde, une notion qui domine tous les travaux d’Ha Za Vu Zu.
Avec le soutien de la Saison de la Turquie en France (juillet 2009-mars 2010).


Thierry Raspail
Directeur artistique de la Biennale de Lyon
La dixième. 20 ans ! Bel âge pour une Biennale dont on inaugurait la première édition il y a 7292 jours très exactement.
Pour ceux qui s’en souviennent, le premier opus s’intitulait L’Amour de l’Art, un beau titre et une déclaration d’intention. Au seuil d’une histoire à écrire, c’était un hommage rendu aux œuvres et aux artistes, qui, tous les jours, construisent le monde bien réel de nos espoirs, émotions et imaginaires. C’était une ouverture délibérée à l’art contemporain, et le public, lyonnais d’abord, et de partout ensuite, s’est immédiatement reconnu dans cet univers polyphonique de la création actuelle. La Ville et ses acteurs, la Région et l’Etat ont formidablement accueilli et pérennisé ce grand événement.
Aujourd’hui, la Biennale est arrivée à maturité. L’enjeu est désormais de conforter la place qu’elle occupe dans le monde international de l’art tout en accroissant encore la qualité du lien tissé avec son public et avec sa proche géographie. La Biennale a été créée dans cette optique : concevoir un renouvellement artistique permanent tout en construisant à long terme un projet stable en lien étroit avec son territoire.
Pour affirmer ce lien et manifester la cohérence entre l’art et la vie, entre l’imaginaire et le réel, la dixième Biennale s’ouvre à l’art qui a choisit d’interroger le quotidien, notre quotidien, celui que nous devons réinventer au jour le jour. Le spectacle et le quotidien semblent appartenir à deux registres inconciliables. Ils rythment pourtant notre vie civile depuis toujours, l’un s’arrogeant la mise en scène, la lumière, la contemplation, l’autre semblant se perdre dans l’anonymat, la routine, la production. Le Spectacle du quotidien les réunit : regard sur le monde, négociation, âpreté, mais aussi générosité, espoir et transformation.
Cette Biennale est un antidote aux réflexes soporifiques qui voudraient qu’en période de « crise » on s’enferme dans l’oubli du monde. Hou Hanru assure le commissariat de cette Xe Biennale construite autour de l’idée simple, qu’il convient, dans notre société du spectacle, de réinventer le champ du quotidien, sa « poétique », son mode d’être (le nôtre) et son esthétique.
Mais si la Biennale est avant tout une exposition internationale (un peu plus de 70 artistes et 35 productions/créations inédites), c’est aussi plus de 100 manifestations organisées dans le cadre de Résonance, ainsi qu’un programme inédit de création/sensibilisation/dialogue conçu par Veduta. A la manière d’un forum permanent dans la « chaleur » de Sarkis au Musée et sur un très large espace, des territoires en recompositions urbaines, accueillent des résidences d’artistes, des expositions, colloques, conférences, spectacles, et mobilisent les collaborations les plus diverses sur les marchés, dans les quartiers, théâtres, commissariat, stade nautique, plage, artothèques, offrant la possibilité de rencontrer l’art sous ses formes les plus diverses y compris celle, de l’approcher de très près en couple, en passant une nuit au MACLyon .
Bienvenue dans le monde du Spectacle du quotidien!