Mathieu Briand

Portrait

Né à Marseille (France), vit et travaille à Melbourne (Australie) et Nosy Tanga (Madagascar)

SYS*021.IsN*01/EsE-AcE.InR-ExR\Mic-EnE*4, 2004

I dream of you, 2017

Ax/0, 2017

Les œuvres de Mathieu Briand, en entremêlant imagi­naire et virtuel, transportent le visiteur, le font voyager sans qu’il ne se déplace, ouvrant sur un monde à la fois extérieur et sans limites mais tiré du réel. En écho au thème de la Biennale, l’artiste remet en perspective son exposition « Derrière le monde flottant », organisée par le macLYON en 2004. Il compose une installation faite de trois œuvres reliées dans le temps et connectées les unes aux autres dans l’espace par des gaines rouge qui traversent verticalement la Sucrière, du rez-de-chaussée au deuxième étage, en une ascension.

Au rez-de-chaussée, l’artiste reprend une des œuvres de son exposition de 2004 : Il invite le visiteur à s’en­fermer dans un caisson sensoriel en forme d’œuf pour vivre une expérience intra-utérine paradoxale qui dissocie l’isolement physique de l’isolement phonique. De fait, le son entendu dans le caisson ne provient pas de son environnement direct mais de celui de l’œuvre suivante située au 1er étage. Là, installé dans un hamac, comme les protagonistes de La Jetée de Chris Marker, le visiteur, équipé de lunettes vidéo, est immergé dans une séquence hypnotique où il est tour à tour témoin de l’exposition passée au macLYON et explorateur d’une île au large de Madagascar, où Mathieu Briand a débuté en 2008 le projet artistique intitulé Et In Libertalia Ego. Des images de deux lieux – celui, traditionnel, du musée qu’il a transfiguré, et celui, fantasmé, de l’île sauvage, en opposition apparente –, s’entremêlent pour devenir des espaces mentaux susceptibles d’engendrer des formes créatives et des expérimentations participatives. Les gaines rouges nous guident ensuite au dernier étage, dans une cage d’escalier dont les dernières marches ont été supprimées, la transformant en impasse. Elles plongent dans un demi-corps en mouvement sur le sol, celui d’un androïde. Le visiteur entre ainsi et au même moment dans une zone floue que le Japonais Masahiro Mori a théorisé dans les années 1970 sous le nom de « la vallée de l’étrange » (the uncanny valley) : un espace où l’on éprouve de l’empathie pour une machine, une machine qui semble pourtant destinée à nous remplacer. Le monde flottant (Ukiyo-e) n’est pas loin. La présence de l’androïde génère un télescopage qui pour Mathieu Briand est « symptomatique du moderne. L’an­droïde rêve et nous faisons partie de ses rêves autant que nous pouvons les partager ». Inspiré par Philip K. Dick, Mathieu Briand semble nous poser la même ques­tion qu’un des romans les plus prophétiques du célèbre écrivain : « Les androïdes rêvent-ils de moutons électri­ques ? » ; et d’ajouter : « Ne sommes-nous pas finalement le rêve de cet androïde ? ».

Avec le soutien de MONA et de la Fondation Antoine de Galbert, Paris

Avec le concours de ATC

©Isabelle Caparros

 

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