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Présentation de Veduta

« Un quartier n’est pas seulement une réunion d’immeubles, c’est un tissu de relations sociales, un milieu où s’épanouissent des sentiments et des sympathies. »1

Des œuvres d’art exposées à la piscine, au lavomatique, au commissariat et dans un cube blanc créé de toutes pièces ; une chanteuse d’opéra au centre commercial ; de l’eau de rose distillée aux pieds d’immeubles ; des vaches volant dans le ciel ou encore un match de football à trois équipes… Voici quelques exemples des nombreuses façons dont l’art a occupé divers lieux publics de la métropole lyonnaise avec Veduta depuis 2007. Veduta, c’est l’espace expérimental, sans mur, de la réception de la création visuelle au sein de la Biennale d’art contemporain de Lyon. À partir de l’expérience partagée, commune et collective de l’art, Veduta propose des situations dont les principaux acteurs sont les usagers des villes, ceux qui regardent et qui, ici, sont aussi ceux qui font. À chaque édition, ces situations génèrent des zones de contact et de convergence entre ces expérimentateurs volontaires et des artistes, des œuvres et des villes. Ainsi, tous se rencontrent, débattent et créent.

« L’art peut cesser d’être un rapport sur les sensations pour devenir une organisation directe de sensations supérieures. Il s’agit de produire nous-mêmes, et non des choses qui nous asservissent. »2

Le terme italien veduta est utilisé par les peintres de la Renaissance. Il est généralement traduit par « vue » ou « ce qui se voit » et désigne une fenêtre ouverte qui rompt la perspective de la toile et incite à regarder « à l’extérieur ». Au sein de la Biennale d’art contemporain de Lyon, Veduta invite à déplacer son regard, à s’interroger sur ce que l’on voit, comment on le voit et comment on le (re)présente. Cette fenêtre s’ouvre sur divers territoires en reconversion urbaine de la métropole lyonnaise où des personnes – sans distinction d’âge, de genre ou d’origine sociale et géographique – acceptent de s’inspirer des œuvres et des artistes afin d’expérimenter, développer, transformer, ingérer, digérer et déployer le potentiel de l’art. Elles explorent ainsi les différentes étapes de la création visuelle, de sa conception à sa diffusion en passant par sa transmission. Elles construisent à plusieurs les conditions d’un acte, d’une idée, d’une pensée, d’une exposition ou d’une attitude face à l’art pour participer à « la création permanente » (telle que pensée par Robert Filliou).

« La poésie doit être faite par tous. Non par un. »3

En 2019, les commissaires sont au nombre de sept pour concevoir l’exposition internationale. De la même manière, Veduta suscite des dynamiques collectives dans l’espace social. À travers des résidences, des expositions ou des flâneries, Veduta rend visible les flux, mouvements et possibles à l’œuvre au cœur d’une dizaine de paysages métropolitains aux réalités multiples. C’est là que naissent des communautés par le faire. Il s’agit alors de créer avec d’autres plutôt que seul, de façon horizontale plutôt que descendante, sur un temps long et dans les lieux de la vie quotidienne. L’activation de ces dispositifs révèle les différents sites dans leurs dimensions physiques, sociales, culturelles et environnementales. Les processus créatifs et artistiques sont en retour contaminés par les dynamiques des territoires investis.

« Le paysage est l’ensemble des formes qui, à un moment donné, expriment ce qui reste des relations qui se sont succédées dans un lieu donné (…). L’espace ce sont ces formes plus la vie qui les anime »4

Artistes en résidence, œuvres déplacées, expérimentations nomades sont accueilli·e·s au sein de différents espaces publics afin de proposer des rencontres entre des cultures, des habitudes et des désirs. Ils font naître des plantes en révolte, des pensées de caféine, une issue inattendue et des paysages tour à tour naturels, telluriques et quotidiens. La faune et la flore ont leur mot à dire, la possibilité de suggérer des narrations réelles ou fictionnelles. Les usagers s’approprient la satire, apportent leur « savoir-faire » pour quelques bonds en avant tout en gardant un œil sur le passé.

« Le droit à la ville ne se réduit donc pas à un droit d’accès individuel aux ressources incarnées par la ville : c’est le droit à nous changer nous-mêmes en changeant la ville de façon à la rendre plus conforme à notre désir le plus cher. »5

Adeline Lépine, Responsable Veduta

  • 1 Lewis Mumford à propos de l’ouvrage de Jane Jacobs, Déclin et survie des grandes villes américaines, Parenthèses Editions, réedition 2012 in The New Yorker du 15 décembre 1962, p.150
  • 2 Guy Debord, « Thèses sur la révolution culturelle » – Texte paru dans la revue Internationale Situationniste n°1, juin 1958
  • 3 Isidore Ducasse, « Poésies II » in Œuvres complètes, Éditions José Corti, 1953, p. 386
  • 4 Milton Santos, La nature de l’espace, Paris, l’Harmattan, 1997
  • 5 David W. Harvey, Le capitalisme contre le droit à la ville : néolibéralisme, urbanisation, résistance, Éditions Amsterdam, 2011